Archive for mai 2012

Des gens très bien

30 mai 2012

de Alexandre Jardin

Des gens très bien - Alexandre Jardin

Je ferme ce livre très perplexe.

J’ai toujours aimé les romans de Alexandre Jardin, j’aimais le côté loufoque et passionné de ses personnages. Savoir que tout était toujours au moins en partie inspiré de sa famille rendrait le tout encore plus attractif.

En voyant celui-ci et en lisant la quatrième de couverture, il apparaissait évident que le contenu en serait très différent, mais c’est aussi ce qui le rendait intéressant : découvrir une autre facette de l’auteur, de sa famille. Un côté plus sérieux, plus dramatique aussi.

L’intérêt majeur que je trouvais à cet ouvrage en était le sujet, bien entendu. L’auteur, petit-fils d’un directeur de cabinet de Laval pendant le gouvernement de Vichy et surtout au moment de la rafle du Vel-d’hiv, présente globalement sa frustration de « découvrir » ce visage de son grand-père.

C’est un débat plutôt intéressant. Nous n’avons pas tous des héros résistants dans nos familles. Nous avons pour la plupart d’entre nous des illustres inconnus, et oui, c’est un fait, certains descendent de collaborateurs de la seconde guerre. Quelle est/devrait être leur position par rapport à ces faits, par rapport à ce qui s’est passé, par rapport à leur propre famille ? Que pourrait honnêtement faire une famille qui se découvre un membre au passé horrible ? Peut-on aimer un parent tout en condamnant ses actes mais pas la personne ?

Pour être franche, je suis un peu perplexe sur la manière dont Alexandre Jardin emmène le débat.

Il nous dit sa honte de voir son grand-père perçu comme une figure historique et bienveillante, vu son passé. La honte sur sa propre famille, sur lui aussi par moments. On y apprend également que d’une certaine façon, ses précédents ouvrages étaient une façon d’exorciser ses découvertes. Il nous raconte ses actions ou réactions suite à sa découverte de faits confirmant que son grand-père ne pouvait pas ignorer ce qui se passait. De ce point de vue, c’est assez émouvant. J’aurais cependant aimé plus de réflexion sur son parcours par rapport à cette « découverte ». Né en 1965, son grand père décédé en 1976… Il ne l’a que peu connu et assurément n’avait pas encore la capacité de comprendre l’ampleur de ce qu’il a pu apprendre du vivant de son grand père. C’est donc après que tout s’est passé. J’aurais aimé lire plus sur son parcours intellectuel, la réflexion qui suit une fois qu’on sait un tel secret de famille. C’était l’intérêt que je trouvais à un tel ouvrage.

Quant au règlement de compte, qu’en dire ? Une famille qui protège son futur en dépit de tout… N’est-ce pas ce que tout un chacun ferait ? Il faut admettre à un moment ou à un autre que le Passé reste le passé… qu’il faut en tirer toutes les leçons possibles pour avancer vers un meilleur futur, non ?

Si je comprends la frustration, la colère de Jardin, j’espérais plus d’introspections, plus de retours sur une expérience douloureuse, moins d’intentions « historiennes »… Après tout, il n’est pas un Historien, mais un témoin, et quelque part une victime collatérale d’un pan honteux de notre Histoire…. Et je trouve toujours particulièrement passionnant d’apprendre notre Histoire par les anonymes qui l’ont vécue… C’était mon attente, un peu déçue…

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La vie épicée de Charlotte Lavigne : bulles de champagne et sucre à la crème

17 mai 2012

de Nathalie Roy

La vie épicée de Charlotte Lavigne Bulles de champage et sucre à la crème

Charlotte Lavigne est de retour ! À trente-quatre ans, elle est toujours recherchiste pour l’émission de télé Totalement Roxanne et, à son plus grand bonheur, elle est maintenant fiancée à son beau Maximilien, qu’elle a l’intention de suivre à Paris dans quelques mois. Pressée de planifier son mariage, Charlotte angoisse devant l’organisation de ce grand événement qu’elle veut tout simplement parfait, mais où rien ne se passera comme elle l’avait imaginé. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants à Paris ? Pas tout à fait. La nouvelle vie de Charlotte n’est pas un conte de fées, et elle doit mettre beaucoup d’eau dans son vin afin que son mariage tienne le coup. Réussira-t-elle ?

Riche en rebondissements, le deuxième tome de La Vie épicée de Charlotte Lavigne contient les mêmes ingrédients que le premier : amitié, amour, bouffe et mésaventures. Même mariée et à Paris, Charlotte demeure une jeune femme charmante, rarement parfaite, mais ô combien divertissante !

Deuxième tome des aventures de Charlotte Lavigne, que j’avais découverte dans Piments de Cayenne et pouding chômeur

Elle reste toujours bien rigolote, attachante et insupportable à la fois. Un petit côté émouvant dans sa volonté de bien faire, de s’adapter à une culture (bien caricaturée quand même) qui n’est pas la sienne et de s’intégrer dans une famille qui la rejette.

Elle aurait peut être pu s’émerveiller un peu plus de la diversité culinaire, alors que finalement, on a l’impression que la gastronomie québécoise l’emporte haut la main… Mais là, c’est mon côté franchouillard qui proteste 😀

Le dénouement était pas mal téléphoné depuis le départ mais ça reste une petite lecture sympathique.

A noter que la chick-lit québécoise, ou en tous cas, cette série est bien plus « hot » que la chick lit anglo 😀 Ici, on pense au sexe, on en parle, et on assume… Différence culturelle, une de plus 😉

Nous étions les Mulvaney

7 mai 2012

de Joyce Carol Oates

Nous étions les Mulvaney Joyce Carol Oates

À Mont-Ephraim, une petite ville des États-Unis située dans l’Etat de New York, vit une famille pas comme les autres : les Mulvaney. Au milieu des animaux et du désordre ambiant, ils cohabitent dans une ferme qui respire le bonheur, où les corvées elles-mêmes sont vécues de manière cocasse, offrant ainsi aux autres l’image d’une famille parfaite, comme chacun rêverait d’en avoir. Jusqu’à cette nuit de 1976 où le rêve vire au cauchemar… Une soirée de Saint-Valentin arrosée. Un cavalier douteux. Des souvenirs flous et contradictoires. Le regard des autres qui change. La honte et le rejet. Un drame personnel qui devient un drame familial. Joyce Carol Oates épingle l’hypocrisie d’une société où le paraître règne en maître ; où un sourire chaleureux cache souvent un secret malheureux ; où il faut se taire, au risque de briser l’éclat du rêve américain.

Superbe découverte de ce livre et de cette auteure. Je suis encore sous le coup de ma lecture.

Bizarrement, il m’aura fallu deux démarrages pour plonger dans ce livre. Mais le second, bien que très lent, m’a installée dans cette petite ville, m’a laissée prendre ma place dans cette famille américaine, et je ne les ai ensuite plus quittés !

J’ai aimé l’ambiance créée, le décor. Cette famille fantaisiste, fantasque est attendrissante. Son originalité la rend attachante. Le narrateur est le plus jeune des enfants, devenu grand et journaliste pour la feuille de chou du coin. Il raconte donc son enfance et plus particulièrement les événements qui ont conduit au drame.

La progression est lente mais je n’ai pas trouvé que cela posait un problème. On n’est pas dans l’action rapide, on est dans une lente dégradation de la situation. Cette famille se perd car elle n’a pas réussi à se remettre d’un drame. Pour faire face aux autres, puis à eux-mêmes, les sourires creux et l’incompréhension s’installent. Taire les choses devient vital. C’est prenant, bouleversant et fait naitre de nombreuses réflexions.

Joyce Carol Oates est clairement rentrée dans les auteurs que je veux continuer de lire !