Archives d’un auteur

Une famille aux petits oignons : Histoire des Jean Quelque chose

5 avril 2012

de Jean-Philippe Arrou-Vignod

Quand on est une famille de six garçons, impossible de s’ennuyer un seul instant. Surtout avec Jean-A. qui veut toujours être le chef, le club des agents secrets de Jean-B., Jean-C. qui ne comprend jamais rien, Jean-D. alias Jean-Dégâts, les poissons rouges de Jean-E. et le bébé Jean-F. qui n’arrête pas de pleurer… sans parler du déménagement, des bagarres avec la bande des Castors et des cousins Fougasse aux oreilles décollées… Heureusement que papa est un as du bricolage et que maman est très organisée !

C’est un livre offert par une amie pour les 12 ans de mon fils. Comme il est déjà plongé dans Skeleton Creek 2 (www.enqueteaskeletoncreek.fr), j’en ai profité pour lui piquer son bouquin en attendant. 
Et bien, quelle bonne idée! C’était génial.
Une famille de 6 garçons (5 au tout début) dont la mère est très organisée et le père docteur, dans les années 1960-70…et surtout dont chaque garçon se nomme Jean. Il y a donc Jean-A, l’aîné, à lunettes et doué en latin (et pour jouer au petit chef), Jean-B, le narrateur, un peu grassouillet et qui aime la lecture, Jean-C, qui comprend rien, Jean-D… La mère, très organisée, les a divisés en trois catégories : les Grands, les Moyens et les Petits.
Et c’est leurs aventures que nous partageons, leurs bagarres (6 garçons, vous imaginez), leurs rires, les voyages, l’école, la piscine, les colères de Papa, les repas de Maman… Le quotidien d’une famille de l’époque, leur petite histoire imbriquée dans la grande Histoire (les premiers pas sur la lune, la télé couleur, etc)…le tout bien rendu par un adulte, certes, mais avec des yeux d’enfants. Sans fausses notes.
On en peut que penser au Petit Nicolas de Sempé.
(il s’agit là de l’intégrale des livres de la famille Jean-Quelque-Chose, mais chaque opus est disponible individuellement)
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Le goût des pépins de pomme

23 septembre 2011

de Katharina Hagena

À la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu’elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n’envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu’elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l’entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l’histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes.
Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l’oubli.

À la mort de Bertha, sa grand-mère, Iris revient au village de Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne. Dans la maison où elle a passé ses étés de jeunesse, et dont elle hérite à sa grande surprise, Iris revivra la grande histoire de sa famille, de son grand-père, de sa grand-mère, celle de ses tantes et de sa mère, et la sienne aussi. Pour nous, elle détricotte ses souvenirs, et les crochette au fil du temps qui passe.

Un peu un conte, un peu une histoire simple, remplie de sentiments et de douceur, même dans le drame. Un très beau livre, de femmes (mais pas seulement).

Même le silence a une fin

2 mars 2011

de Ingrid Bétancourt

Meme le silence a une fin Ingrid Betancourt

Le 23 février 2002, Ingrid Betancourt est enlevée par les FARC. Un calvaire commence, qui prendra fin six ans et demie plus tard, le 2 juillet 2008.
Ingrid Betancourt décrit avec précision sa captivité aux mains des FARC. Le récit débute par une impressionnante scène, décrivant l une de ses cinq tentatives d évasion. Le lecteur est ainsi fixé à la fois sur la détermination de la prisonnière, et sur la dureté de ses conditions de détention. On revient ensuite au début de l histoire, qui suivra dès lors le fil chronologique, à commencer par la journée du 23 février 2002.
De cette litanie de journées semblables, Ingrid Betancourt parvient à faire un récit captivant de bout en bout. Elle nous plonge dans la vie quotidienne de la jungle, rendant presque palpables l attente et l angoisse, décrivant de façon très nuancée ses geôliers, qui pour la plupart ont l âge de ses propres enfants. Elle raconte les évasions ratées, les humiliations permanentes dues à la promiscuité et à la cruauté de certains gardes ou commandants de camps successifs, les conditions de vie épouvantables, la fuite permanente, les malaises et les maladies, les périodes de découragement. Chaque tentative d évasion entraîne des traitements toujours plus violents, mais aussi les reproches de ses codétenus, qui la rendent responsable de l aggravation immédiate de leurs conditions. Il y a aussi des moments inattendus de joie (la confection de ceintures tressées en fil de nylon, la broderie, la lecture de la Bible ou de Harry Potter, le gâteau d anniversaire confectionné pour la date de naissance de la fille d Ingrid, les geôliers soudain se mettant à danser avec la grâce des adolescents qu ils sont…). Et puis des amitiés fortes qui naissent contre toute attente dans ce monde cruel. Le lecteur est introduit dans l intimité de ce petit monde en loques, errant sous les pluies diluviennes dans une jungle peuplée d insectes monstrueux, ravagée par les maladies, où les humains sont placés dans un redoutable face à face avec eux-mêmes, leurs faiblesses, leurs mesquineries, leurs terreurs, mais aussi leurs convictions et leurs espoirs. Une amitié très forte liera Ingrid à Lucho, l un de ses codétenus, avec qui elle s évadera : cinq jours hallucinants dans une forêt sans fin, avant d être repris par des geôliers qui ne tarderont pas à se transformer en bourreaux. Cercle après cercle, nous sommes conviés à un voyage infernal où l humanité pourrait se perdre, et où elle puise au contraire les raisons essentielles de s affirmer.
Même le silence a une fin restera sans doute comme un des grands textes de la littérature concentrationnaire. Il ne s agit pas simplement d un récit-choc, mais d un vrai livre, profond et beau. Il décrit une aventure humaine qui reste palpitante malgré son caractère atroce, et un itinéraire spirituel qui force le respect.

 

Même le silence a une fin est le témoignage d’Ingrid Bétancourt sur ses 6 années et demi dans la jungle colombienne en tant qu’otage de FARC (l’armée révolutionnaire colombienne qui utilise les prises d’otages comme force d’échange avec le gouvernement colombien et autres puissances internationnales).

Autant vous prévenir, je n’ai pas acheté ce livre, et je ne l’aurais sans doute jamais lu si ma mère ne me l’avait pas mis entre les mains avec l’ordre de le lire (bon, j’exagère un peu)! Le premier livre d’Ingrid Bétancourt, La rage au coeur, m’avait forgé un apriori négatif face à cette femme que je trouvais artificielle, un peu trop enfant gâtée et petit chaperon rouge, et qui, pour moi, s’était jetée de façon inconsidérée dans la gueule du loup. Bien entendu, son drame, cette captivité sans fin, ses enfants, tout cela me touchait, mais elle, en tant que femme, en tant que politicienne, et en tant que victime…non.

Et bien, comme quoi! Y a que les imbéciles (et certains politiciens) qui ne changent pas d’avis!

Ce témoignage est la relation de l’expérience personnelle de l’auteure, otage, franco-colombienne, femme, mère, politicienne, croyante, mais aussi, et peut-être surtout, une chronique saisissante du quotidien des otages, dans la jungle, parfois enchaînés, toujours surveillés, mal nourris, mal soignés, qui tentent de survivre en tant qu’êtres humains, malgré les violences et les humiliations, et malgré leurs propres démons.
Que l’on aime ou non Ingrid Bétancourt, que l’on croit ou non aux quelques autres témoignages peu flatteurs dressés par certains de ses compagnons de captivité (Clara Rojas entre autres), que l’on adhère ou non à sa cause, ce témoignage est d’une force extrême et jette une lumière crue sur les deux faces de l’être humain. Celle, lumineuse, de la solidarité dans le malheur, de l’entraide, de l’amitié et de l’abnégation, et celle, beaucoup plus sombre, de l’instinct de survie, de l’égoisme et de la capacité de cruauté tapie en chacun de nous. L’Homme face à l’Autre et face à soi.
Le choix de l’auteur, de nous faire partager son quotidien d’otage, non pas simplement de façon chronologique, mais selon des étapes fortes de ces presque 80 mois de détention (sa capture, la mort de son père, sa maladie, ses amitiés, les liaisons radios, les marches interminables, la cruauté des géoliers, les étincelles d’humanité de certains FARCs, jusqu’à la libération rocambolesque et inespérée) permet de suivre, de vivre, sinon de comprendre, le quotidien, le calvaire des otages en Colombie, et peut-être un peu celui de tous les otages retenus à travers le Monde.
De façon plus universelle, cela permet de se questionner : rester humain, quand les conditions de vie et de survie sont défaillantes sinon inexistantes, cela n’est pas si simple et certainement pas une évidence. Force et courage, bien entendu, mais aussi discipline et grandes ressources intérieures sont nécessaires.
Comment réagirais-je? Serais-je un monstre? un bon compagnon ou un bourreau? Aurais-je eu le courage de cette femme et de ceux dont elle nous parle? Ou s’arrête l’humanité? Ou commence la cruauté? Quelles sont les frontières? Voilà quelques questions que pose aussi ce livre.

Vaste fresque à travers la jungle et la nature humaine, écrite avec générosité et justesse.

La croute cassée

4 novembre 2010

de Mariève Desjardins

La croute cassée mariève Desjardins

Vous êtes un étudiant dont l’estomac est aussi vide que le compte en banque. Votre budget est serré, mais vous voulez remplir votre garde-manger autrement qu’avec des boîtes de Kraft Dinner. Vous n’avez jamais appris grand chose de votre mère côté cuisine. Fraîchement célibataire, vous réalisez en catastrophe que le boss des chaudrons, c’était l’autre moitié de votre couple. Vous maniez très bien l’ouvre-boîte et le micro-ondes, mais vous avez encore du mal à faire la différence entre le poêle et le frigo (deux sont carrés et possèdent une porte, non ?). Vous êtes un gourmet que la simple idée d’épépiner une tomate vous épuise pour un bon deux semaines. Vous aimez la bonne bouffe sans trop raffoler des factures astronomiques au resto.Avec La croûte cassée, nous vous proposons 60 recettes à la fois économiques, archi-simples (limite inratable !) et savoureuses, toutes passées plusieurs fois à la casserole et testées sur des amis qui nous adressent encore la parole. Certaines recettes sont aussi la gracieuseté de jeunes chefs cool et branchés. Tous ces plats sont adaptés aux situations du quotidien : réconforter lors des blues de novembre, mener une opération de charme, concocter un festin après un simple détour au dépanneur, faire face à des fins de mois difficiles ou encore manger comme un roi en moins de 20 minutes top chrono.

Alors, ce livre est un peu élitiste (oui, oui) car il ne s’adresse qu’aux Québécois ou aux Canadiens français. Pourquoi? C’est vrai ça, pourquoi après tout. Une fois les températures de four adaptées en Celsius et certains aliments remplacés ou importés, restera plus qu’à comprendre les blagues! 🙂
Bon, ce livre est tout sauf élitiste. Pourquoi? Parce qu’il s’adresse à ceux et celles qui aiment casser un bonne croûte, qui sont un peu cassés (fauchés), d’où le titre. Mais qui aiment rigoler.
Il s’agit donc d’un livre de recettes, remplis d’idées repas originales (côtelettes au ketchup ou spread au tofu) ou plus traditionnelles (gratin de choux-fleur ou couscous presque royal). Bon, quoi de neuf sous le grill? Des livres de recettes il en sort presque autant que de prix littéraires.
Et bien, de 1, ces recettes sont adaptées pour ne pas nous coûter la peau des fesses, de 2, elles sont présentées pour nous donner envie de les faire, de 3, les illustrations et la mise en page sont agréables au regard, et de 4, surtout, surtout, il est truffé de réflexions des auteures Mariève Desjardins et Marie-Michelle Garon (la soeur de ma copine…et oui, un peu de name dropping) qui donnent envie de devenir leur amie et les inviter à souper! Allez, un petit exemple : « Concoctez un souper et chauffez l’appart en même temps : un deux en un exceptionnel! », pour le boeuf mijoté, « Servez avec l’air exténué de celui qui en a trop fait et vous aurez du succès dans votre entreprise (comme dit le biscuit chinois) » pour la salade ce chèvre chaud, « Pour ceux qui ont été sevré trop jeunes, passez au robot-culinaire, ça donne la texture de la purée pour bébé » pour la compote de fruits. Je garde les autres pour moi…na.
En extra, les épices de base, les must have du cuisinier cassé, le minima du garde-manger et comment garder ses aliments frais sans qu’ils ne deviennent vos animaux de compagnie.
C’est une mine ce livre je vous dis!
À offrir à Neveu qui vient d’aménager, Fifille qui fait toujours la même soupe au bouillon clair, Fiston qui flambe sa pension (que vous lui octroyez généreusement) en resto rapides…ou simplement pour vous, parce que le méritez bien!

L’oiseau de mauvaise augure

8 septembre 2010

de Camilla Lackberg

L'oiseau de mauvaise augure de Camilla Lackberg

L’inspecteur Patrik Hedström est sur les dents. Il voudrait participer davantage aux préparatifs de son mariage avec Erica Falck, mais il n’a pas une minute à lui. La ville de Tanumshecle s’apprête en effet à accueillir une émission de téléréalité et ses participants avides de célébrité, aussi tout le commissariat est mobilisé pour éviter les débordements de ces jeunes incontrôlables. Hanna Kruse, la nouvelle recrue, ne sera pas de trop. D’autant qu’une femme vient d’être retrouvée morte au volant de sa voiture, avec une alcoolémie hors du commun. La scène du carnage rappelle à Patrik un accident similaire intervenu des années auparavant. Tragique redite d’un fait divers banal ou macabre mise en scène ? Un sombre pressentiment s’empare de l’inspecteur. Très vite, alors que tout le pays a les yeux braqués sur la petite ville, la situation s’emballe. L’émission de téléréalité dérape. Les cadavres se multiplient. Un sinistre schéma émerge… Dans ce quatrième volet des aventures d’Erica Falck, Camilla Làckberg tisse avec brio l’écheveau d’une intrigue palpitante. Cueilli par un dénouement saisissant, le lecteur en redemande.

On retrouve Patrick coincé entre un chef encore plus paresseux que jamais, une femme en préparatifs de mariage, une belle-sœur en cours de rédemption, un conseil municipal en effervescence et une bande de branleurs télé-réalistes bien poussés aux amphétamines pour cause d’audimat avec bien sûr en fond d’écran une épidémie de crime sans laquelle nul n’existerait.

Il s’agit du troisième roman de Camilla Lackberg que je lis. Après *Le Prédicateur* et *La Princesse de glace*. Au départ, oserais-je l’avouer, j’ai acheté le livre pour son look. Et oui, les éditions Actes Sud, avec sa collection Actes Noirs, fait bien les choses, les pochettes attirent, et puis, *Millenium *de Stieg Larsson<http://fr.wikipedia.org/wiki/Stieg_Larsson> est passé par là.

Bon, conclusion, le flacon ne fait pas obligatoirement l’onguent.

Pas que le roman soit franchement mauvais (je ne suis pas maso, je n’en aurais pas lu trois quand même), mais ce n’est pas non plus du grand polar.
La formule est assez convenue, l’auteure commence par consacrer un chapitre par personnage, et tranquillement, tout se resserre, ses personnages se croisent, interagissent et plouf! le suspect surgit de cet enchevêtrement.
Tout cela entrecoupé de petits extraits, en italique, des pensées de celui qui va s’avérer être le criminel.
Bon, c’est pas original, original, tout cela.
De plus, souvent, la chute est un peu brutale et pas très creusée.
Mais à la décharge de l’auteure, ses personnages sont sympathiques et attachants. Il y a Erika, auteure elle-aussi de polars et de biographies, qui se débat avec des combats tout féminins : ses amours, sa grossesse, son mariage! On la sent plus profonde et on aimerait que l’auteure lui laisse un peu plus de place. Un peu comme une Miss Marple à la suédoise!  Il a aussi, celui qui est devenu son amoureux (puis son mari) dans le premier roman, Patrick, inspecteur à la fois un peu gauche et malhabile mais avec beaucoup d’instinct. Il y a la soeur d’Erika, son ex, les autres membres du commissariat (dont le commissaire en chef, une caricature un peu trop…caricaturale). Les caractères sont bien plantés et conséquents d’un roman à l’autre. Ils manquent cependant d’un peu de profondeur…nous laissant souvent sur notre faim.

Autre point positif, la Suède. Le quotidien, les moeurs, les paysages y sont bien décrits, dans une simplicités toute nordique.
En résumé, un polar reposant. Pas du Mankel mais quand même!
Et réjouissez-vous, L’oiseau de mauvaise augure, se termine sur une ouverture large comme une porte de grange et subtile comme un bulldozer : il y aura une suite. Langes de bébé ensanglantés et piste nazi. Tout un programme!

Retour à la Grande Ombre

9 juin 2010

de Hakan Nesser

Retour à la Grande Ombre Hakan Nesser

 

Un athlète déchu rentre chez lui après avoir passé vingt-quatre ans derrière les barreaux. Huit mois plus tard, on découvre son cadavre mutilé près de la ferme de la Grande Ombre. L’homme était-il innocent, comme il l’avait toujours proclamé ? Pas facile pour le commissaire Van Veeteren de mener l’enquête : personne n’a intérêt à que la vérité éclate au grand jour…

« Il n’avait fait que la moitié du chemin quand il sentit qu’il n’était pas seul dans l’obscurité. »

« Après l’inspecteur Wallander de Mankell, voici le commissaire Van Veeteren. 57 ans, plein d’humour. À suivre. » Le Monde

Avec tous ces auteurs venus de la froide scandinavie, Mankell, Nesbo, Larsson, et autres, l’horizon du polar (autrefois plutôt américain) s’est bien transformé depuis quelques années. On aime leurs commissaires un peu poètes, un peu balourds, souvent torturés. On aime leurs intrigues simples en apparence, mais d’une grande complexité si on se donne la peine de gratter un peu. On aime ne pas toujours avoir le fin mot de l’histoire, leurs fins en points de suspension, leurs personnages ni blancs ni noirs. On aime leur lenteur, l’impression que le temps est suspendu, qu’on fait du surplace. On aime leur réalisme cru, comme un visage sous un néon. On aime finalement, rester un peu en rade sur le bas côté de ce genre, qui pourtant semble déjà surexploité.
En gros, on aime!
Et bien, c’est encore le cas avec Retour à la Grande Ombre de Hakan Nesser.
On retrouve ce qui pourrait ressembler à une recette typiquement suédoise : un commissaire qui prise la poésie, qui boit trop et malmène ses contemporains. Un inspecteur qui erre dans sa vie privée comme dans sa vie pro, à cent mille lieux du beau mec propre sur lui qui résout les énygmes assis dans son fauteuil ergonomique.
L’intrigue est bien menée. La victime n’est pas un ange. Accusé deux fois de meurtre, on a plus envie de le détester que de le plaindre. Les témoins sont tous assez louches. Les réponses vaseuses. Les policiers ne semblent pas être des flêches. Leur stratégie, bancale. Et le commissaire, on voudrait bien lui botter son postérieur suédois deux ou trois fois!
La fin est déroutante. Laisse peut-être plus de questions qu’elle n’apporte de réponse, mais n’est pas frustrante.

En gros, vous l’aurez compris, j’ai aimé et je crois bien que je vais continuer dans cette veine scandinave! J’ai bien envie d’en savoir plus sur le commissaire Van Veeteren (VV pour les amis).

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

3 juin 2010

de Katherine Pancol

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi Katherine Pancol

Souvent la vie s’amuse.
Elle nous offre un diamant, caché sous un ticket de métro ou le tombé d’un rideau. Embusqué dans un mot, un regard, un sourire un peu nigaud. …
Il faut faire attention aux détails. Ils sèment notre vie de petits cailloux et nous guident. Les gens brutaux, les gens pressés, ceux qui portent des gants de boxe ou font gicler le gravier, ignorent les détails. Ils veulent du lourd, de l’imposant, du clinquant, ils ne veulent pas perdre une minute à se baisser pour un sou, une paille, la main d’un homme tremblant.
Mais si on se penche, si on arrête le temps, on découvre des diamants dans une main tendue… Et la vie n’est plus jamais triste. Ni le samedi, ni le dimanche, ni le lundi…

Il s’agit de la troisième partie de cette trilogie entamée avec La valse lente des tortues et Les yeux jaunes des crocodiles (si on peut lui donner ne serait-ce qu’un mérite – elle en a d’autres -Katherine Pancol a le don du titre qui titille la curiosité). J’avais bien aimé le premier, personnages attachants, surtout cette Joséphine Cortès, fragile et malhabile avec la vie, ses deux filles, sa sœur Iris, sa mère, et tous les écueils d’un destin ordinaire pourtant un peu  extraordinaire. J’avais apprécié le deuxième opus, un peu polar, un peu éso, mais bien dans la veine tendre et sur le fil du rasoir du premier. Le troisième, c’est un peu celui de trop. Déjà, le titre aurait pu mettre la puce à l’oreille : l’auteure s’est prise à son propre jeu. Ensuite, c’est un festival de bons sentiments et de bonnes personnes, de gentils qui défendent les gentils et de quelques pas gentils qui sont bien punis. On retrouve tous les personnages des premiers tomes, plus quelques autres, dont Pancol, faute d’avoir choisi, n’a le temps que d’ébaucher l’aventure, les laissant parfois en rade, échoués sur la côte escarpée des idées mal entamées. Ce qu’on avait aimé dans La valse, les personnages attachants, un peu tout croches, ce qu’on avait aimé dans Les yeux, les intrigues bien ficelées et bien menées, on ne le retrouve pas dans Les écureuils. Tout va un peu à vaut l’eau, et si les écureuils sont tristes le lundi, bein, nous on l’est aussi un peu en lisant ce roman qu’on aurait bien aimé aimer.

Un de trop? sans doute.

Une proposition de titre? Les auteurs devraient savoir dire stop à leurs éditeurs.